Archives mensuelles : mars 2013

Festival Films de femmes à Créteil : entretien avec Jackie Buet

Jackie Buet 2

Jackie Buet © Marine Chaudron

La 35ème édition du festival Films de femmes lève son rideau ce vendredi 22 mars pour dix jours. Fondatrice et directrice de l’évènement, Jackie Buet revient sur la lutte qu’elle mène depuis toutes ces années pour l’égalité des femmes dans le milieu du cinéma.

Qu’est-ce qui vous a menée à la création de ce festival ?

Cet évènement a deux profondes racines. D’une part, mon goût pour la culture et plus particulièrement les images. De l’autre, mon engagement dans la lutte pour l’égalité des droits. J’appartiens à la génération des féministes du milieu des années 70…

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Marine Chaudron

Panorama, la compilation live de Philippe Découflé

Panorama © Christian Berthelot

Panorama © Christian Berthelot

Avec Panorama, Philippe Découflé décloisonne. Sa carrière tout d’abord, puisqu’il présente dans ce melting pot des séquences tirées de ses spectacles passés. Mais aussi les disciplines. Danse certes, mais aussi théâtre, chant ou encore cirque, tous les arts vivants sont sur scène. Avec une seule question en filigrane : qu’est-ce que le corps ?

Une quinzaine de séquences se succèdent. Chacune d’elles met le corps des danseurs à l’épreuve, comme pour en définir les limites. Les nombreuses chutes d’abord, rappellent que sans vie, celui-ci n’est rien d’autre qu’une masse inerte. Alors sur scène, les interprètes font aller et venir leurs énergies internes, passant d’un état à un autre. Les chutes font également écho à la notion de gravité qui le cloue à la terre ferme. Que se passerait-il si le corps était indépendant de la pesanteur ? Grâce à un système de corsets et d’élastiques propre au cirque, Découflé lance une réponse chimérique. Le couple d’amoureux tente en vain de s’envoler pour rejoindre le reste de l’humanité mais retombe, inlassablement, sur la mosaïque bleutée. L’amour ne semble pas suffire à atteindre le septième ciel.

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Lula Morales : entre féminisme et féminité

Lula Morales © Pierre-Henri Libaudière

Lula Morales © Pierre-Henri Libaudière

Coquette, pipelette et parfois un peu hystérique, Lula Morales a apparemment tout d’une vraie fille. A la différence près qu’elle vient de passer docteur ès communication.

Rencontrer Lula peut être impressionnant la première fois. Avec ses grands yeux de biche scrutateurs, elle cherche les petites réactions et tics nerveux qui trahissent. Elle entend le moindre sous-entendu un peu mièvre. Et une fois qu’elle a bien écouté, elle commente. Sans méchanceté aucune, elle analyse. Pour les petites natures et les amateurs de gentils poneys, attention à la claque de désillusion. Car à seulement 26 ans, cette jeune écrivaine n’a pas la langue dans sa poche. Avec la sortie de son premier livre, elle se place en experte de la communication hommes/femmes. Ecrit sous la direction de Nicolas Dolteau, coach personnel en séduction, il s’intitule Ce que les femmes attendent des hommes (mais ne leur diront jamais). Paru en juin dernier et destiné à ces messieurs, il s’attache à décoder les attitudes et réactions féminines bien souvent complexes pour tout individu du sexe opposé. Un guide en quelque sorte, nourri d’expériences plus ou moins malheureuses et de conversations entre nanas.

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Faire le plein de vide au Turbine Hall

Turbine Hall © Marine Chaudron

Turbine Hall © Marine Chaudron

Parfois, la ville oppresse. Il y a trop à voir, à entendre, à faire. Une pause est alors nécessaire. A Londres, du côté de Bankside au Sud de la Tamise, se trouve le plus grand repère pour quiconque ressent le besoin de faire le vide. Inspirez… Entrez.

Il faut accéder côté Ouest. L’effet y est plus saisissant. S’avancer en foulant le sol gris et laisser son regard s’envoler vers les hauteurs de l’espace. Il y a très peu de fenêtres, il fait sombre et plutôt froid. Le temps semble suspendu, bloqué dans un moment de contemplation. Non, il ne s’agit pas d’une cathédrale du 16ème siècle mais du célèbre Turbine Hall de la Tate Modern, à Londres. Repère des promeneurs et des amoureux de l’art, cet immense volume rectangulaire uniquement traversé par un pont central accueille six mois sur douze les expositions des Unilever Series.

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Daido Moriyama, l’étreinte charnelle de la photographie

© Galerie Polka, exposition Daido Moriyama

© Galerie Polka, exposition Daido Moriyama

L’escalier descend en plongée dans le monochrome. Dans son sous-sol, la galerie Polka a présenté la troisième partie du cycle de son exposition consacrée à Daido Moriyama. Une dizaine de sérigraphies noires et blanches, épaisses, grainées, sont accrochées aux cimaises et jalonnent des murs eux aussi monochromes. Elles sont issues de photographies prises entre les années 70 et aujourd’hui et illustrent, à travers la représentation de la ville de New York, la physicalité du médium chère à l’artiste.

Un homme qui marche

Né en 1938 au Japon, Moriyama sillonne les grandes métropoles du monde depuis une cinquantaine d’années. New York, réceptacle de corps en mouvement comme toutes les villes de cette envergure, fait partie de ses fétiches. Il y prend un nombre incalculable de photos et son processus n’a pas changé en cinquante ans. Il marche d’un pas rapide dans les grandes artères puis, tel un chien errant comme il se définit souvent, emprunte le dédale des ruelles secondaires. Il capture ainsi la vie, muni de son appareil compact, plus discret et donc moins gênant pour les passants qu’il prend en photo. Parce que ce qui l’intéresse ne se trouve pas tant dans l’environnement qui l’entoure mais dans le mouvement foisonnant de ces espaces urbains. Il évoque le désir qui, selon lui, ruisselle de toute part. Il y a quelque chose de sensuel, voire de charnel dans sa façon de photographier le monde. A croire que le sens du toucher serait plus développé que la vue dans l’acte de capture. Continuer la lecture

Andy Stott, l’électronique lyrique

Andy Stott - Luxury Problem © DR

Andy Stott – Luxury Problem © DR

Andy Stott, producteur de musique électronique a sorti en 2012 son troisième album : Luxury Problem, un disque qui apparaît comme un challenge pour l’artiste.

Rencontre avec une voix. C’est le nom que pourrait avoir le nouvel album d’Andy Stott, Luxury Problem. Fidèle à des basses très sourdes, il y pose la voix d’Alison Skidmore, son ancienne prof de piano. Rarissime dans les productions antérieures, Andy Stott prend le temps d’appréhender cet élément exogène. Les oreilles rencontrent tout d’abord cette voix si particulière. Les deux premiers morceaux fonctionnent ainsi comme des préludes, et sont emprunts d’une langueur parfois oppressante. Continuer la lecture

Le destin, cet oeil du cyclone qui nous retient

Le titre du dernier livre de Jérôme Ferrari est un peu trompeur : il ne s’agit pas d’un péplum. Le Sermon sur la chute de Rome ne parle d’Antiquité qu’en filigrane. La parole de Saint-Augustin (5ème siècle) sert en fait de cadre au récit de plusieurs destins actuels, voués à s’enfoncer dans leur propre fatalité.

L’histoire d’une implosion. Le titre, Le Sermon sur la chute de Rome, contient en substance les éléments essentiels du récit. Inspiré du sermon d’Hippone prononcé par St Augustin en 410, le nouveau roman de Jérôme Ferrari récompensé par le prix Goncourt 2012 raconte une histoire plutôt banale, voire anodine. Située dans le monde insulaire corse, elle ne semble pour autant avoir aucune spatialité. Matthieu et Libero, les deux personnages principaux, le quittent pour leurs études de philo à Paris mais y reviennent vite, comme si leur vie en dépendait. Ils reprennent le bar du village et tentent de construire un monde parfait. Continuer la lecture