Archives mensuelles : avril 2013

Solness, le constructeur qui a volé trop près du soleil

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Tout ce qui a un début a, inéluctablement, une fin. L’enjeu de Solness le constructeur, écrit par Henrik Ibsen il y a plus d’un siècle et actuellement présenté au Théâtre de la Colline, réside dans cette implacable sentence. Pour Solness, le glas de sa carrière sonne comme un rire d’adolescente. Il va devoir laisser place à la jeunesse, sa pire crainte mais aussi son meilleur catalyseur.

Constructeur âgé, Solness (Wladimir Yordanoff) a peur. Lui qui a eu de la chance toute sa vie, sent que le vent est en train de tourner. Pour faire sa place au soleil, il a évincé son maître, aujourd’hui à son service dans son cabinet. Mais il sent que le schéma va se répéter avec le jeune Ragnar (Adrien Gamba-Gontard). Il est doué mais le vieux constructeur ne veut pas le reconnaître, car il incarne sa plus grande peur : être balayé par la jeunesse. Alors, il se sert de Kaja, promise à Ragnar pour garder le jeune artiste à ses côtés. Interprétée par Agathe L’Huillier, Kaja est éperdument et naïvement amoureuse du vieux monsieur. Comme le dit Alain Françon dans L’Humeur vagabonde (France Inter), « les fondations sont fausses ». Solness avoue que sans Ragnar, il s’effondre et pour cause. Lui qui a volé jadis la place de son maître connaît dorénavant sa faiblesse face à la jeunesse. Elle va frapper à sa porte, il en est sûr. Silence. Quelqu’un frappe à la porte.

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La Manufacture des Oeillets : un héritage américain dans le Val-de-Marne

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Manufacture des Œillets © Marine Chaudron

Briques rouges et baies vitrées : plutôt atypique pour une façade ivryenne. A l’intérieur de ce bâtiment singulier, la canopée urbaine est à portée de regard. Aujourd’hui centenaire, l’ancienne Manufacture des Œillets d’Ivry sur Seine accueille un centre d’art contemporain (le Crédac) et une école, l’EPSAA, qui forme graphistes et architectes. Une nouvelle vie dans la logique de l’esprit avant-gardiste qui a guidé sa construction.

Un passé industriel

En 1913 commencent rue Raspail à Ivry des travaux qui vont considérablement modifier la topographie du lieu. Ils sont le fruit de l’architecte français Paul Sée, chargé d’agrandir ce que l’on appelle déjà à cette époque la « Manufacture des Œillets ». En 1905, le site érigé quinze ans plutôt par Charles Bac pour la production d’œillets métalliques a été racheté par United Shoe, firme américaine qui commence à dominer le marché de la chaussure. Les deux bâtiments préexistants, la grande halle et le pavillon du gardien ne suffisent maintenant plus à accueillir toute la production. Paul Sée imagine donc une nouvelle aile directement inspirée de l’architecture d’Outre-Atlantique.

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Marine Chaudron

Crédac : Lara Almarcegui gratte sous la surface d’Ivry

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Jusqu’au 23 juin, le Credac d’Ivry accueille l’exposition Ivry Souterrain,de Lara Almarcegui. Une réflexion sur la transition de la ville d’Ivry, vue du dessous.  Le projet a commencé en 2010, lorsque la commissaire du Crédac d’Ivry, Claire Le Restif, a convié l’artiste, passionnée par les villes en mutation, à se pencher sur le territoire ivryen. 

Exploratrice, Lara Almarcegui n’avait pas de projet particulier en tête en arrivant à Ivry. A force d’arpenter les recoins de la ville, une idée a germé, qui est à la base de cette exposition : un livre intitulé Ivry souterrain, une plongée dans les dessous de la ville, inaccessibles et invisibles. Ce livre s’accompagne de trois clichés de la première excavation du vaste projet urbain Ivry Confluences, qui a eu lieu au Quai aux grains.

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Chris Haring, Talking Head : la danse s’attaque au virtuel

Talking Head

Talking Head, Chris Haring © Loizenbauer

Dans le cadre de la Biennale de danse du Val-de-Marne et du festival EXIT de Créteil, le chorégraphe autrichien Chris Haring présentait sa pièce Talking Head. Créée en 2010, elle porte un regard critique sur les processus d’identification sur Internet et interroge les limites du virtuel.

Qui je sommes

Deux danseurs sur scène et pourtant, une multitude de personnages. Il y a d’abord ces deux voix, qui discutent, nostalgiques, d’une époque révolue où les individus avaient encore des choses à se dire. Sont-ce les voix des danseurs ? Impossible de le déterminer tant elles seront distordues pendant la pièce. Il y a également les différentes entités créées par les webcams des ordinateurs disposés sur la scène. Tantôt cadre du visage, tantôt miroir de la scène, elles fonctionnent tout au long du spectacle, leurs images projetées sur un troisième écran de carton et suspendu face au public. Les danseurs quant à eux alternent trois types d’échange et donc d’interprétation. L’échange par webcam au cours duquel leur visage et leur voix sont déformés, met en avant la vacuité et parfois la stupidité des rapports virtuels. L’échange verbal IRL (« in real life »), torrent rapide et complexe d’inepties semble quant à lui montrer deux facettes des relations : la nécessité d’en savoir plus que l’autre (complexe d’infériorité inhérent au flux de connaissances disponible sur Internet), et, malgré tout, l’impossibilité du consensus. Enfin, la danse, souvent accompagnée de dialogues elle aussi, tente tant bien que mal de déterminer la place du corps dans l’espace sans frontières du virtuel.

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Natures artificielles : quand l’art se mesure aux éléments

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Hydrogeny d’Evlina Domnitch et Dmitry Gelfand © Marine Chaudron

Qui n’a jamais rêvé de contrôler les éléments ? L’exposition Natures artificielles, qui se tient jusqu’au 14 avril à la Maison des arts et de la culture de Créteil dans le cadre du festival Exit, relève le défi. Résultat : une expérience déroutante et multi-sensorielle pour le visiteur.

Entre une éclipse projetée sur un mur (Felicie d’Estienne d’Orves), un nuage à écouter et à voir bouillonner à ses pieds (Gaybird),  une diffraction poétique des particules de lumière (Evelina Domnitch et Dmitry Gelfand), les 27 artistes présentés n’hésitent pas à recréer les éléments, décomposer la matière ou encore mesurer l’impact de l’homme sur le monde. Imitation, déformation ou rejet, la nature est source inépuisable d’inspiration… [Lire la suite sur 94 Citoyens]

Marine Chaudron

Team Ghost : voyage electro

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Team Ghost © Julot Bandit

Une voix s’élève dans le paysage de la musique électronique. Le groupe Team Ghost vient de sortir son premier album. Douze titres, des choeurs presque religieux et des accords de guitare obséquieux : le nouveau-né s’intitule Rituals et contient en essence tout ce qui fait la singularité de Team Ghost.

Rituals, le manifeste

Durant deux ans, les cinq membres de la Team passent beaucoup de temps sur scène : ils assurent la première partie de la tournée européenne du duo electro Crystal Castles. Côté pratique, ils commencent à être rôdés. Côté théorie, ils posent cette année Rituals. Le titre évocateur donne une teneur presque sacrée à ce disque si longuement attendu. Dans son ensemble, Rituals relève d’une même dynamique, propre à Team Ghost depuis ses débuts : la convergence, davantage que le mélange, des genres. Ainsi des deux premiers morceaux, Away et Curtains, qui présentent d’entrée de jeu les principes de l’album. Il s’agit d’embarquer dans un même bateau une atmosphère planante, des riffs électriques et des accords électroniques. Team Ghost, onzième morceau éponyme, fait figure de manifeste en réunissant toutes les composantes.

Un premier album attendu

Avant de pouvoir écouter le premier véritable bébé du groupe, il a quand même fallu patienter plusieurs années. En 2004 Nicolas Fromageau quitte le célèbre duo electro M83 et ce n’est que trois ans plus tard, en 2007, qu’il décide de rebâtir un projet musical avec Christophe Guérin. You never did anything wrong to me constitue le premier EP (7 titres) à partir duquel le magazine britannique New Musical Express les étiquette « cold-gaze », mélange de shoegaze (My Bloody Valentine) et de cold-wave (Joy Division). Déjà pointe l’idée de convergence des genres. L’EP suivant, Celebrate what you can’t see, entraîne dans son sillage l’arrivée de Benoit de Villeneuve, compositeur, ainsi que Pierre Blanc, bassiste, et Félix Delacroix, batteur, dans le groupe. Nous sommes en 2010 et Team Ghost est alors au complet. Trois ans plus tard, le groupe livre Rituals, à l’image de leur philosophie musicale.

Rituals : la rencontre des genres

Dans ce voyage, la voix a un rôle majeur. Unique, chorale, naturelle ou électronique, elle donne des repères. Les paroles sont ambivalentes : tantôt une invitation au sexe (Somebody’s watching), tantôt mélancolique (Broken Devices), elles constituent les différentes facettes d’une même entité. La présence de la voix dénote souvent avec la brutalité des accords pop-rock, parfois proches du metal. La sérénité d’All we left behind se voit ainsi balayée d’un coup de batterie et de guitare électrique sans aucun préambule. L’album prend aussi racine dans la musique électronique. Beats, synthés, et distorsions sont omniprésents, non sans rappeler les compos de M83. Team Ghost fait ainsi de ses origines éclectiques une force musicale. L’album se termine d’ailleurs par le symphonique « We won’t fail », comme une promesse tournée vers l’avenir.

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Team Ghost, Rituals, 2013, wSphere – Wagram

Prochaines dates en France :
– Festival Les Artefacts au Zénith de Strasbourg (67), 26/04
– Espace Michel Berge de Sannois (95), 08/06
– Festival Rockorama à Toulon (83), 14/06

Marine Chaudron