Archives mensuelles : mai 2013

Elena’s Aria, esthétique de la lassitude

Elena's Aria © Herman Sorgeloos

Elena’s Aria © Herman Sorgeloos

Le Théâtre de la Ville à Paris met la célèbre chorégraphe Anne Teresa de Keersmaeker à l’honneur, le temps d’un programme. Elena’s Aria, l’une des quatre pièces fondatrices de la carrière de Keersmaeker, évoque l’attente et la lassitude qui l’accompagne.

« Chère et excellente amie, quelle chose terrible que l’absence ». Ces mots de Tolstoï, tirés de La Guerre et la Paix, ouvrent le bal d’Elena’s Aria. Les premières minutes s’égrènent lentement tandis que la souffleuse rugit dans le fond de la scène. L’attente, au cœur de la pièce, commence déjà. Les danseuses, talons aiguilles et robes de soirée patientent assises, le public aussi. La chorégraphie démarre avec un jeu du chat et de la souris qui reviendra à intervalle régulier au fil de la pièce. Sur la rangée de chaises alignées au fond de la scène, trois danseuses se cherchent, s’assoient, se lèvent, tournoient, effectuant continuellement les mêmes mouvements.

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L’imagerie de Boris Vian par Michel Gondry

Affiche Ecume des jours

Avec son adaptation de L’Ecume des jours de Boris Vian, le réalisateur français Michel Gondry met des images sur les mots de l’écrivain. Entre onirisme, surréalisme et poésie, la prose imagée de Vian se prête bien au jeu du grand écran. Le film quant à lui, peine à dépasser la seule mise en image.

Univers onirique

Les premières minutes donnent le ton du film. Colin, interprété par Romain Duris, effectue son rituel matinal et tout semble absurde, de la baignoire évacuée à coups de perceuse à la coupe des paupières du héros. L’univers visuel que développe Michel Gondry est en fait à l’image de celui décrit par Boris Vian dans son roman paru en 1947. L’adaptation relève ici davantage de l’illustration. Il faut dire que le texte de L’Ecume des jours regorge de calembours loufoques qui se prêtent parfaitement au jeu du grand écran. Colin, qui vit avec Nicolas (Omar Sy), son cuisinier et maître à penser, évolue dans un appartement peuplé de machines bizarres et de jeux de mots improbables.

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Fabienne Jacob : les sens, l’essence de l’écriture

Fabienne Jacob © C. Helie, Gallimard

Fabienne Jacob © C. Helie, Gallimard

« Avant, la vie me suffisait. Aujourd’hui j’ai besoin d’écrire ». Ce besoin viscéral des mots, Fabienne Jacob, ancienne critique littéraire, le ressent au creux de ses entrailles. En découle un travail des sens, ancré dans la chair des histoires qu’elle raconte.

Native d’un petit village de Lorraine, Fabienne Jacob garde de son enfance un souvenir terrestre. Son imaginaire actuel se trouve là, au fond d’une sombre mine, dans laquelle elle redescend donner des coups de pioche pour révéler les trésors. Elle compare cette vie rustique à celle, citadine, qui est la sienne aujourd’hui : « En ville, les gens sont émoussés, il n’y a pas d’obstacles. Alors qu’à la campagne, les corps campent face à la rudesse du temps et de ce qu’il faut souffrir pour rester en vie ». Tout est dit : Fabienne Jacob n’a qu’un point de vue, celui du corps et de ses sensations. Le reste n’est que fioriture et n’a pas sa place dans son travail.

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