Archives de catégorie : Arts

Le fantasme de la geisha

La maiko Fumino lors de son misedashi, le début de son apprentissage officiel de geisha. © Joe Baz

La maiko Fumino lors de son misedashi, le début de son apprentissage officiel de geisha. © Joe Baz

Du point de vue de l’Occident, la geisha fait partie de ces voluptés orientales sur lesquelles mystères et fantasmes se déploient ouvertement. C’est un être féminin extrêmement sensuel, issu d’une époque révolue, et qu’on ne peut trouver ailleurs qu’au Japon. En ce sens, la geisha est associée à un espace spatio-temporel fantasmagorique. Hors du rêve pourtant, la geisha, telle que les Occidentaux se la représentent, existe bel et bien. Elle est une personne vivante et tangible, en bref, réelle. Enfin presque.

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La Bretagne et les peintres, images d’un stéréotype

Paul Gauguin, Les Quatre Bretonnes, 1886. Huile sur toile, 71,8 x 91,4 cm. Neue Pinakothek, Munich.

Paul Gauguin, Les Quatre Bretonnes, 1886. Huile sur toile, 71,8 x 91,4 cm. Neue Pinakothek, Munich.

Avant de partir s’installer définitivement à Tahiti en 1895, Paul Gauguin séjourne plusieurs fois en Bretagne. Loin d’être le seul, il illustre une tendance propre au 19e siècle. De nombreux peintres s’y rendent pour s’inspirer de son authenticité dans le sens le plus pittoresque du terme. Ils contribuent à l’élaboration d’un stéréotype visuel global qui persiste encore à l’heure actuelle.

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Festival Kalypso : entretien avec Mourad Merzouki

© Michel Cavalca

© Michel Cavalca

De la rue à la scène, le hip-hop n’a eu de cesse de s’affirmer depuis sa naissance il y a déjà 40 ans. Du 16 au 30 novembre à Créteil, il fait l’objet d’un nouveau festival, Kalypso. Initié par le directeur du Centre chorégraphique national (CCN) de Créteil, Mourad Merzouki, ce projet a pour but de faire découvrir au public des compagnies, jeunes ou non, mais aussi des lieux de représentation. Entretien avec ce chorégraphe, auteur de 21 spectacles.

Mourad Merzouki © Michel Cavalca

Mourad Merzouki © Michel Cavalca

Qu’est-ce qui différencie le hip-hop des autres danses ?

Le hip-hop est une danse généreuse : il s’adresse à tous. Né dans la rue de la manière la plus démocratique qui soit, il évolue en continu entre elle et la scène. Aussi, il puise ses sources et ses ressources dans la vie quotidienne. Il est très proche de la société dans laquelle il vit, et selon moi, un véritable reflet de notre monde. Pour toutes ces raisons, la danse hip-hop est unique en son genre, et peut concourir au dialogue entre les arts et le public.

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Marine Chaudron

Gérard Alary noircit les murs de la galerie Fernand Léger

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Il faut s’aventurer dans les profondeurs de l’avenue Georges Gosnat. Au 93 de la rue, simple arête parmi les angles d’Ivry, la galerie Fernand Léger propose une descente dans la peinture de Gérard Alary. Jusqu’au 14 décembre, l’exposition Mesure pour Mesure se fait le témoin de la vacuité de l’existence.

Sales obscures

Des murs blancs immaculés face de grandes toiles noircies par la peinture : au cœur de la galerie Fernand Léger, le choc des non-couleurs. Les grands néons blancs aux allures cliniques ne suffisent pas à aseptiser les toiles dégoulinantes de peinture de Gérard Alary. Le noir hurle à la gueule du blanc trop pur. En apparence tous les oppose. Mais avant d’être galerie, il y avait ici un cinéma. L’obscurité était condition sine qua non. Ainsi, les peintures d’Alary ne font que rappeler le souvenir d’un lieu qui engloutissait les êtres au cœur de ses ténèbres. Comme si rien n’avait vraiment changé, le noir s’affiche ici partout.

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Exposition Bernard Bousquet : pile ou face ?

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Il faut le savoir : l’exposition d’aujourd’hui ne sera sans doute pas la même demain. Bernard Bousquet investit le Générateur à Gentilly jusqu’au 6 juillet mais il est du genre perfectionniste. Il revient donc tous les jours pour ajuster, tourner, retourner, modifier. Tâche d’autant plus ardue que ses toiles sont peintes recto… verso.

« La texture d’une toile est différente à l’avant et à l’arrière. Au recto, l’apprêt fait ressortir les couleurs de manière très vive. Au verso, la toile brute les absorbe. Cette ambivalence sur un même support m’intéresse depuis longtemps ». Dans l’ancienne salle de projection, les grands lés de 10 mètres par 2 exposés au sol et sur les murs ont donc deux visages. Seul problème : quel côté choisir ? Lors de la création, Bernard Bousquet avoue ne pas avoir voulu réfléchir à ce qu’il y avait derrière : « Je cherchais l’aléatoire, voire la contradiction. Je me suis donc empêché de faire un côté en fonction de l’autre » . Mais l’artiste est parfois bien embêté avec ses toiles : « Celle-ci, j’ai envie de la couper mais je ne peux pas… il y a un superbe motif au verso ! »

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Marine Chaudron

Mac/Val : Ange Leccia, la mélancolie de l’adolescence

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Logical Song , la célèbre chanson du groupe Supertramp donne le titre et le ton de l’exposition d’ Ange Leccia au Mac/Val. Jusqu’au 22 septembre, l’artiste invite le public à se plonger dans cette période si particulière qu’est l’adolescence. Grâce à un assemblage de vidéos, il projette sa vision de cette phase éphémère de l’être humain.

Au centre de la salle d’exposition, six immenses écrans trônent, formant un coeur et ses ventricules. A l’image, une jeune fille chante Supertramp, le regard perdu au loin : « When I was young, it seemed that life was so wonderful, a miracle, it was beautiful, magical » . Son visage se répercute d’un écran à un autre, obligeant le public à accepter cette frontalité. Avec cette exposition d’Ange Leccia, nul besoin de se déplacer dans l’espace. Il suffit d’observer autour de soi pour embrasser l’intégralité de cette oeuvre composée de films qu’il a réalisés depuis les années 1970 jusqu’à nos jours.

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Marine Chaudron

Elena’s Aria, esthétique de la lassitude

Elena's Aria © Herman Sorgeloos

Elena’s Aria © Herman Sorgeloos

Le Théâtre de la Ville à Paris met la célèbre chorégraphe Anne Teresa de Keersmaeker à l’honneur, le temps d’un programme. Elena’s Aria, l’une des quatre pièces fondatrices de la carrière de Keersmaeker, évoque l’attente et la lassitude qui l’accompagne.

« Chère et excellente amie, quelle chose terrible que l’absence ». Ces mots de Tolstoï, tirés de La Guerre et la Paix, ouvrent le bal d’Elena’s Aria. Les premières minutes s’égrènent lentement tandis que la souffleuse rugit dans le fond de la scène. L’attente, au cœur de la pièce, commence déjà. Les danseuses, talons aiguilles et robes de soirée patientent assises, le public aussi. La chorégraphie démarre avec un jeu du chat et de la souris qui reviendra à intervalle régulier au fil de la pièce. Sur la rangée de chaises alignées au fond de la scène, trois danseuses se cherchent, s’assoient, se lèvent, tournoient, effectuant continuellement les mêmes mouvements.

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Solness, le constructeur qui a volé trop près du soleil

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Tout ce qui a un début a, inéluctablement, une fin. L’enjeu de Solness le constructeur, écrit par Henrik Ibsen il y a plus d’un siècle et actuellement présenté au Théâtre de la Colline, réside dans cette implacable sentence. Pour Solness, le glas de sa carrière sonne comme un rire d’adolescente. Il va devoir laisser place à la jeunesse, sa pire crainte mais aussi son meilleur catalyseur.

Constructeur âgé, Solness (Wladimir Yordanoff) a peur. Lui qui a eu de la chance toute sa vie, sent que le vent est en train de tourner. Pour faire sa place au soleil, il a évincé son maître, aujourd’hui à son service dans son cabinet. Mais il sent que le schéma va se répéter avec le jeune Ragnar (Adrien Gamba-Gontard). Il est doué mais le vieux constructeur ne veut pas le reconnaître, car il incarne sa plus grande peur : être balayé par la jeunesse. Alors, il se sert de Kaja, promise à Ragnar pour garder le jeune artiste à ses côtés. Interprétée par Agathe L’Huillier, Kaja est éperdument et naïvement amoureuse du vieux monsieur. Comme le dit Alain Françon dans L’Humeur vagabonde (France Inter), « les fondations sont fausses ». Solness avoue que sans Ragnar, il s’effondre et pour cause. Lui qui a volé jadis la place de son maître connaît dorénavant sa faiblesse face à la jeunesse. Elle va frapper à sa porte, il en est sûr. Silence. Quelqu’un frappe à la porte.

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Crédac : Lara Almarcegui gratte sous la surface d’Ivry

Poids Sao Paulo 2

Jusqu’au 23 juin, le Credac d’Ivry accueille l’exposition Ivry Souterrain,de Lara Almarcegui. Une réflexion sur la transition de la ville d’Ivry, vue du dessous.  Le projet a commencé en 2010, lorsque la commissaire du Crédac d’Ivry, Claire Le Restif, a convié l’artiste, passionnée par les villes en mutation, à se pencher sur le territoire ivryen. 

Exploratrice, Lara Almarcegui n’avait pas de projet particulier en tête en arrivant à Ivry. A force d’arpenter les recoins de la ville, une idée a germé, qui est à la base de cette exposition : un livre intitulé Ivry souterrain, une plongée dans les dessous de la ville, inaccessibles et invisibles. Ce livre s’accompagne de trois clichés de la première excavation du vaste projet urbain Ivry Confluences, qui a eu lieu au Quai aux grains.

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Chris Haring, Talking Head : la danse s’attaque au virtuel

Talking Head

Talking Head, Chris Haring © Loizenbauer

Dans le cadre de la Biennale de danse du Val-de-Marne et du festival EXIT de Créteil, le chorégraphe autrichien Chris Haring présentait sa pièce Talking Head. Créée en 2010, elle porte un regard critique sur les processus d’identification sur Internet et interroge les limites du virtuel.

Qui je sommes

Deux danseurs sur scène et pourtant, une multitude de personnages. Il y a d’abord ces deux voix, qui discutent, nostalgiques, d’une époque révolue où les individus avaient encore des choses à se dire. Sont-ce les voix des danseurs ? Impossible de le déterminer tant elles seront distordues pendant la pièce. Il y a également les différentes entités créées par les webcams des ordinateurs disposés sur la scène. Tantôt cadre du visage, tantôt miroir de la scène, elles fonctionnent tout au long du spectacle, leurs images projetées sur un troisième écran de carton et suspendu face au public. Les danseurs quant à eux alternent trois types d’échange et donc d’interprétation. L’échange par webcam au cours duquel leur visage et leur voix sont déformés, met en avant la vacuité et parfois la stupidité des rapports virtuels. L’échange verbal IRL (« in real life »), torrent rapide et complexe d’inepties semble quant à lui montrer deux facettes des relations : la nécessité d’en savoir plus que l’autre (complexe d’infériorité inhérent au flux de connaissances disponible sur Internet), et, malgré tout, l’impossibilité du consensus. Enfin, la danse, souvent accompagnée de dialogues elle aussi, tente tant bien que mal de déterminer la place du corps dans l’espace sans frontières du virtuel.

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