Gérard Alary noircit les murs de la galerie Fernand Léger

Alary 1

Il faut s’aventurer dans les profondeurs de l’avenue Georges Gosnat. Au 93 de la rue, simple arête parmi les angles d’Ivry, la galerie Fernand Léger propose une descente dans la peinture de Gérard Alary. Jusqu’au 14 décembre, l’exposition Mesure pour Mesure se fait le témoin de la vacuité de l’existence.

Sales obscures

Des murs blancs immaculés face de grandes toiles noircies par la peinture : au cœur de la galerie Fernand Léger, le choc des non-couleurs. Les grands néons blancs aux allures cliniques ne suffisent pas à aseptiser les toiles dégoulinantes de peinture de Gérard Alary. Le noir hurle à la gueule du blanc trop pur. En apparence tous les oppose. Mais avant d’être galerie, il y avait ici un cinéma. L’obscurité était condition sine qua non. Ainsi, les peintures d’Alary ne font que rappeler le souvenir d’un lieu qui engloutissait les êtres au cœur de ses ténèbres. Comme si rien n’avait vraiment changé, le noir s’affiche ici partout.

Alary 2

Vanitas

Pour cette exposition intitulée Mesure pour Mesure, Alary a produit une quinzaine de pièces. Le titre ne doit rien au hasard : il fait référence à l’inclassable pièce de Shakespeare dans laquelle le dramaturge anglais discute le bien et le mal, la vertu et le péché, et leur incontrôlable finalité. Dans ses peintures, Alary évoque ces notions bien plus qu’il ne les montre. Le noir domine, et dessine presque partout les contours de crânes. Symboles de la mort, ces vanités questionnent comme la pièce de Shakespeare, l’essence même de la vie terrestre. Toutefois, le peintre ivryen ne donne que peu de réponses. L’existence semble irrémédiablement mener à la destruction.

Alary 3

Le langage muet des toiles

La surface épaisse des toiles d’Alary invite presque au toucher. Les couches sont nombreuses et donnent à voir la matérialité de la peinture. En effet, l’artiste, loin de vouloir effacer son geste, n’hésite pas à le montrer. La facture vive, les coulures et les projections sont autant d’indices de sa manière de travailler, tantôt à l’horizontale, tantôt à la verticale. Mais le plus surprenant dans ses toiles, ce sont leur tranche. Elles contredisent la face en révélant des couleurs très pop, que l’on ne retrouve nulle part dans le travail fini d’Alary. Comme si tout avait commencé à la lumière et s’était peu à peu engouffré dans les ténèbres. Comme si la vie avait laissé place à ce qui la conditionne : la violence de l’obscurité finale, la mort.

Marine Chaudron

Exposition Gérard Alary, jusqu’au 14 décembre

Galerie Fernand Léger
93 avenue G. Gosnat – 94200 Ivry-sur-Seine
Métro Mairie d’ivry (ligne 7), RER Vitry-sur-Seine
Tél : 01 49 60 25 01
fernandleger.ivry94.fr
Horaires d’ouverture au public : du lundi au vendredi,
de 14h à 18h et sur rendez-vous

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