Le destin, cet oeil du cyclone qui nous retient

Le titre du dernier livre de Jérôme Ferrari est un peu trompeur : il ne s’agit pas d’un péplum. Le Sermon sur la chute de Rome ne parle d’Antiquité qu’en filigrane. La parole de Saint-Augustin (5ème siècle) sert en fait de cadre au récit de plusieurs destins actuels, voués à s’enfoncer dans leur propre fatalité.

L’histoire d’une implosion. Le titre, Le Sermon sur la chute de Rome, contient en substance les éléments essentiels du récit. Inspiré du sermon d’Hippone prononcé par St Augustin en 410, le nouveau roman de Jérôme Ferrari récompensé par le prix Goncourt 2012 raconte une histoire plutôt banale, voire anodine. Située dans le monde insulaire corse, elle ne semble pour autant avoir aucune spatialité. Matthieu et Libero, les deux personnages principaux, le quittent pour leurs études de philo à Paris mais y reviennent vite, comme si leur vie en dépendait. Ils reprennent le bar du village et tentent de construire un monde parfait.

Dans ce huis-clos philosophique, les protagonistes répètent inlassablement la même chorégraphie. Mais un à un, ils se désynchronisent et perturbent le rythme fragile de ce microcosme, provoquant des effondrements successifs. D’espoirs en déceptions, leurs parcours présent ressemblent à celui du grand-père Marcel, cinquante ans plus tôt, écrasé par une guerre qu’il ne vit que depuis son bureau. Le pessimisme gagne le récit au fur et à mesure que le lecteur saisit le parallèle entre les deux histoires.

Le sermon de saint Augustin fonctionne quant à lui comme un leitmotiv : impossible d’oublier que sa parole flotte au-dessus de tous les actes décrits. A grand coup de phrases longues mais parfaitement construites, l’auteur enferme ses personnages dans leur propre décadence et plonge également le lecteur dans l’œil du cyclone qui, inlassablement, détruit tout sur son passage. Sauf peut-être, le plaisir de lire et d’assister en direct, à la chute du monde.

Jérôme Ferrari, Le Sermon sur la chute de Rome, Actes Sud, 2012.

Marine Chaudron

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