Lula Morales : entre féminisme et féminité

Lula Morales © Pierre-Henri Libaudière

Lula Morales © Pierre-Henri Libaudière

Coquette, pipelette et parfois un peu hystérique, Lula Morales a apparemment tout d’une vraie fille. A la différence près qu’elle vient de passer docteur ès communication.

Rencontrer Lula peut être impressionnant la première fois. Avec ses grands yeux de biche scrutateurs, elle cherche les petites réactions et tics nerveux qui trahissent. Elle entend le moindre sous-entendu un peu mièvre. Et une fois qu’elle a bien écouté, elle commente. Sans méchanceté aucune, elle analyse. Pour les petites natures et les amateurs de gentils poneys, attention à la claque de désillusion. Car à seulement 26 ans, cette jeune écrivaine n’a pas la langue dans sa poche. Avec la sortie de son premier livre, elle se place en experte de la communication hommes/femmes. Ecrit sous la direction de Nicolas Dolteau, coach personnel en séduction, il s’intitule Ce que les femmes attendent des hommes (mais ne leur diront jamais). Paru en juin dernier et destiné à ces messieurs, il s’attache à décoder les attitudes et réactions féminines bien souvent complexes pour tout individu du sexe opposé. Un guide en quelque sorte, nourri d’expériences plus ou moins malheureuses et de conversations entre nanas.

Des articles au livre

Trois ans qu’elle écrit régulièrement pour ladiesroom.fr quand Nicolas Dolteau la contacte. Il l’a repérée, il aime beaucoup sa plume et sa franchise dans la rubrique « La question crue qui tue ». Il aimerait qu’elle travaille pour son site web, coachseduction.fr. Et il insiste. Lula accepte, propose au départ un article toutes les deux semaines. Puis le rythme s’accélère, mais toujours sur les mêmes thèmes : séduction, sexualité, communication. Sa patte est facilement identifiable : pas de langue de bois, mais une manière franche et directe d’amener les choses. Lula ne tourne pas autour du pot, certes, mais n’entre jamais dans la vulgarité. Une singularité que Thibaud Vigier, qui travaille avec Dolteau, repère. Il entre alors en scène et lui propose d’écrire un livre. Il a fait une constatation : la communication entre les deux sexes est totalement biaisée par le prisme des préjugés, des complexes et de la pudeur. La verve de sa plume lui plaît beaucoup. Le projet est donc lancé, Lula travaille alors sous la direction de Dolteau. Elle a carte blanche, à condition que cela corresponde à sa méthode. En trois mois, le livre est bouclé. « Beaucoup de boulot » avoue t-elle. Mais un vrai plaisir à l’arrivée pour cette acharnée de travail.

Quand on lui demande ce que le livre a changé dans sa vie, elle éclate d’un rire franc qui lui ouvre des fossettes au creux des joues, et reconnaît volontiers qu’il a « bousillé sa vie amoureuse ». Pas facile de passer incognito auprès des hommes maintenant qu’elle a officiellement son passeport d’experte en relations. Certains fuient, certains prennent peur. D’autres deviennent paranos et n’osent plus rien dire ou faire. Elle avoue avoir tendance à analyser le comportement de ses amants, mais au moins, « je ne me fais plus avoir ». Ça a du bon de savoir lire entre les lignes.

Parce que “la cité n’est pas une fatalité”

Malgré les tabous liés à la religion, le livre lui a aussi permis d’aborder son activité avec ses parents musulmans, qui ne savaient rien de tout cela. Ils ont été très fiers du travail de leur fille, un soulagement pour elle. Ses petits camarades d’enfance ont également eu vent de son livre, grâce, notamment, aux réseaux sociaux. Elle qui a grandi dans une cité sensible et ne s’est jamais sentie en phase avec eux a parfois été surprise de voir certains s’excuser. Parce qu’on ne le penserait pas en la voyant comme ça mais Lula a été moquée, étant jeune. Elle parlait trop bien français, aimait déjà l’écriture. Toute petite, elle composait des poèmes qu’elle lisait aux personnes qu’elles appréciaient. Plus tard, comme toutes les ados, elle a rempli des journaux intimes. Elle a aussi pas mal bloggué. Aujourd’hui, elle a fait de sa passion son métier et bombe le torse de fierté d’être passée au-dessus de tout cela. Pour elle, « la cité n’est pas une fatalité », elle en est la preuve en chair et en os.

Lula en croisade

Outre la petite notoriété que le livre lui a confiée (environ mille exemplaires ont été vendus), Lula ne se repose pas pour autant sur ses lauriers. Elle réalise depuis peu des chroniques pour la radio Vivre FM. Son deuxième livre est en cours de rédaction mais cette fois, elle planche toute seule sur le projet. Elle souhaite dorénavant s’adresser aux femmes. Ce qu’elle a appris des hommes, elle estime que c’est aujourd’hui son devoir de les transmettre au sexe opposé, et ainsi de les éclairer. Son travail s’inscrit dans une démarche d’amélioration de la communication et elle veut aller jusqu’au bout de celle-ci. Mais quand on lui demande où elle se voit dans dix ans, elle répond d’un air étonné : « Plutôt du côté de l’esthétique, de l’art, scénariste pourquoi pas ? ». Lula, experte en séduction, semble également être une grande curieuse prête à prendre tous les risques pour peu qu’elle jouisse de la vie. Sans mauvais jeu de mot, bien sûr.

Lula Morales avec Nicolas Dolteau, Ce que les femmes attendent des hommes (mais ne leur diront jamais), 2012. Amazon

Marine Chaudron

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