Oppa Vietnam style

Il m’aura fallu du temps avant de parler enfin du pays dans lequel je vis depuis plusieurs mois, le Vietnam. Du temps pour se découvrir, s’apprivoiser, et sûrement pour s’habituer l’un à l’autre. Aujourd’hui, je crois que nous nous entendons bien. J’ai donc décidé d’en parler ici, sur ce blog dédié à la culture car, il faut bien le dire, être expatrié, c’est justement tomber en plein milieu d’une nouvelle culture.

Il y a certains plis vietnamiens que j’ai adoré prendre, dont un en particulier : la motorbike. Tous les jours, je conduis ce qui est, en vérité, un scooter à vitesses, au milieu de ce trafic tant redouté (mais intensément photographié !) par les touristes. Mais le truc que j’aime par-dessus tout en moto, c’est… le style motorbike, qui constitue en soi un véritable outrage au monde de la mode.

D’abord, qui dit moto, dit casque. Donc les belles coiffures et le volume dans les cheveux, on oublie complètement. Depuis que je suis ici, j’ai abandonné la partie capillaire de ma tête, préférant me voiler la face et faire semblant que tout est normal. Je n’évoquerai que très brièvement la transpiration, compagne de la plupart de mes trajets en moto, pour vous assurer que non, on ne s’habitue pas à une telle chaleur (ou alors juste un peu).

Côté vêtements, contrairement à ce que l’on pourrait croire, conduire une moto ne rime pas ici avec blouson et jean coqué. La sécurité ? Que nenni ! On enfile son casque à 1$ et on reste classe en toutes circonstances ! On sort les jolis chemisiers, les jupes courtes (coucou les brûlures de pot d’échappement sur le mollet), et les escarpins à talon.

En revanche… on a le droit de faire quelques ajustements pratiques, et c’est bien là que la magie du style motorbike intervient. Qui n’a jamais rêvé de troquer ses talons aiguilles contre des tongs en plastique le temps d’un trajet de métro ? Qui n’aurait pas aimé nouer un sweat autour de sa taille pour éviter que l’on reluque ses jambes sous sa jupe ? Ou porter ce même sweat par-dessus une superbe robe de soirée parce que c’est quand même bien plus confortable qu’une veste de tailleur un peu trop étroite ?

Eh bien, à Saigon, vous êtes en droit de faire tout ça, pour peu que vous conduisiez une moto. Bonheur !

En outre, si je n’ai aucun problème avec le soleil, nombreuses sont les femmes ici qui s’en protègent et qui développent des trésors d’inventivité pour éviter sa morsure. Bob et capuche sous le casque, gants montants jusqu’aux aisselles, bas et chaussettes tabi pour pouvoir quand même enfiler ses tongs, surjupe, sweater de sport zippé, tout est permis. La plupart de mes collègues vietnamiennes sont d’ailleurs méconnaissables quand elles arrivent dans le parking du bureau. – Good morning, Marine ! – Euh, je la connais celle-là…? Bon, faut croire… Good morning, ahem !

N’oublions pas non plus que le Vietnam subit la mousson 6 mois sur 12. Et quand la pluie tombe ici, elle ne fait généralement pas semblant, provoquant souvent l’inondation de la moitié des rues de Saigon. Mais le monde ne s’arrête pas de tourner lorsqu’il pleut et il faut bien que tous ces braves gens rentrent chez eux. Avec leur moto, s’entend. On assiste alors à un défilé de capes de pluie largement plus impressionnant que celui des touristes étrangers surpris par les averses françaises à Disneyland un dimanche de novembre. À cet instant critique, tout est stylistiquement permis et ce qui paraît fort ridicule de l’extérieur s’avère salvateur une fois dedans : je n’échangerai jamais ma cape de pluie contre un k-way, jamais ! Bleu, verte, rouge ou jaune, peu me chaut ! Certes, on a l’air un peu bête avec une cape. Mais au moins, ici, on a l’air bête tous ensemble, et ça en devient presque beau.

Alors voilà, il y a des choses que jamais je n’aurais pensé faire en France par respect pour mon image publique (qui était et est toujours inexistante, je dois le préciser) et surtout par dignité. Aujourd’hui, je pense qu’il s’agit de concept totalement dépassés et je ris souvent de la tenue que j’ai sur ma moto. En sachant pertinemment que cette désinvolture me manquera cruellement quand je rentrerai en France.

EDIT : Il pleut des trombes et je dois rentrer chez moi…

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