Archives par étiquette : Arts vivants

Festival Kalypso : entretien avec Mourad Merzouki

© Michel Cavalca

© Michel Cavalca

De la rue à la scène, le hip-hop n’a eu de cesse de s’affirmer depuis sa naissance il y a déjà 40 ans. Du 16 au 30 novembre à Créteil, il fait l’objet d’un nouveau festival, Kalypso. Initié par le directeur du Centre chorégraphique national (CCN) de Créteil, Mourad Merzouki, ce projet a pour but de faire découvrir au public des compagnies, jeunes ou non, mais aussi des lieux de représentation. Entretien avec ce chorégraphe, auteur de 21 spectacles.

Mourad Merzouki © Michel Cavalca

Mourad Merzouki © Michel Cavalca

Qu’est-ce qui différencie le hip-hop des autres danses ?

Le hip-hop est une danse généreuse : il s’adresse à tous. Né dans la rue de la manière la plus démocratique qui soit, il évolue en continu entre elle et la scène. Aussi, il puise ses sources et ses ressources dans la vie quotidienne. Il est très proche de la société dans laquelle il vit, et selon moi, un véritable reflet de notre monde. Pour toutes ces raisons, la danse hip-hop est unique en son genre, et peut concourir au dialogue entre les arts et le public.

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Marine Chaudron

Elena’s Aria, esthétique de la lassitude

Elena's Aria © Herman Sorgeloos

Elena’s Aria © Herman Sorgeloos

Le Théâtre de la Ville à Paris met la célèbre chorégraphe Anne Teresa de Keersmaeker à l’honneur, le temps d’un programme. Elena’s Aria, l’une des quatre pièces fondatrices de la carrière de Keersmaeker, évoque l’attente et la lassitude qui l’accompagne.

« Chère et excellente amie, quelle chose terrible que l’absence ». Ces mots de Tolstoï, tirés de La Guerre et la Paix, ouvrent le bal d’Elena’s Aria. Les premières minutes s’égrènent lentement tandis que la souffleuse rugit dans le fond de la scène. L’attente, au cœur de la pièce, commence déjà. Les danseuses, talons aiguilles et robes de soirée patientent assises, le public aussi. La chorégraphie démarre avec un jeu du chat et de la souris qui reviendra à intervalle régulier au fil de la pièce. Sur la rangée de chaises alignées au fond de la scène, trois danseuses se cherchent, s’assoient, se lèvent, tournoient, effectuant continuellement les mêmes mouvements.

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Solness, le constructeur qui a volé trop près du soleil

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Tout ce qui a un début a, inéluctablement, une fin. L’enjeu de Solness le constructeur, écrit par Henrik Ibsen il y a plus d’un siècle et actuellement présenté au Théâtre de la Colline, réside dans cette implacable sentence. Pour Solness, le glas de sa carrière sonne comme un rire d’adolescente. Il va devoir laisser place à la jeunesse, sa pire crainte mais aussi son meilleur catalyseur.

Constructeur âgé, Solness (Wladimir Yordanoff) a peur. Lui qui a eu de la chance toute sa vie, sent que le vent est en train de tourner. Pour faire sa place au soleil, il a évincé son maître, aujourd’hui à son service dans son cabinet. Mais il sent que le schéma va se répéter avec le jeune Ragnar (Adrien Gamba-Gontard). Il est doué mais le vieux constructeur ne veut pas le reconnaître, car il incarne sa plus grande peur : être balayé par la jeunesse. Alors, il se sert de Kaja, promise à Ragnar pour garder le jeune artiste à ses côtés. Interprétée par Agathe L’Huillier, Kaja est éperdument et naïvement amoureuse du vieux monsieur. Comme le dit Alain Françon dans L’Humeur vagabonde (France Inter), « les fondations sont fausses ». Solness avoue que sans Ragnar, il s’effondre et pour cause. Lui qui a volé jadis la place de son maître connaît dorénavant sa faiblesse face à la jeunesse. Elle va frapper à sa porte, il en est sûr. Silence. Quelqu’un frappe à la porte.

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Chris Haring, Talking Head : la danse s’attaque au virtuel

Talking Head

Talking Head, Chris Haring © Loizenbauer

Dans le cadre de la Biennale de danse du Val-de-Marne et du festival EXIT de Créteil, le chorégraphe autrichien Chris Haring présentait sa pièce Talking Head. Créée en 2010, elle porte un regard critique sur les processus d’identification sur Internet et interroge les limites du virtuel.

Qui je sommes

Deux danseurs sur scène et pourtant, une multitude de personnages. Il y a d’abord ces deux voix, qui discutent, nostalgiques, d’une époque révolue où les individus avaient encore des choses à se dire. Sont-ce les voix des danseurs ? Impossible de le déterminer tant elles seront distordues pendant la pièce. Il y a également les différentes entités créées par les webcams des ordinateurs disposés sur la scène. Tantôt cadre du visage, tantôt miroir de la scène, elles fonctionnent tout au long du spectacle, leurs images projetées sur un troisième écran de carton et suspendu face au public. Les danseurs quant à eux alternent trois types d’échange et donc d’interprétation. L’échange par webcam au cours duquel leur visage et leur voix sont déformés, met en avant la vacuité et parfois la stupidité des rapports virtuels. L’échange verbal IRL (« in real life »), torrent rapide et complexe d’inepties semble quant à lui montrer deux facettes des relations : la nécessité d’en savoir plus que l’autre (complexe d’infériorité inhérent au flux de connaissances disponible sur Internet), et, malgré tout, l’impossibilité du consensus. Enfin, la danse, souvent accompagnée de dialogues elle aussi, tente tant bien que mal de déterminer la place du corps dans l’espace sans frontières du virtuel.

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Panorama, la compilation live de Philippe Découflé

Panorama © Christian Berthelot

Panorama © Christian Berthelot

Avec Panorama, Philippe Découflé décloisonne. Sa carrière tout d’abord, puisqu’il présente dans ce melting pot des séquences tirées de ses spectacles passés. Mais aussi les disciplines. Danse certes, mais aussi théâtre, chant ou encore cirque, tous les arts vivants sont sur scène. Avec une seule question en filigrane : qu’est-ce que le corps ?

Une quinzaine de séquences se succèdent. Chacune d’elles met le corps des danseurs à l’épreuve, comme pour en définir les limites. Les nombreuses chutes d’abord, rappellent que sans vie, celui-ci n’est rien d’autre qu’une masse inerte. Alors sur scène, les interprètes font aller et venir leurs énergies internes, passant d’un état à un autre. Les chutes font également écho à la notion de gravité qui le cloue à la terre ferme. Que se passerait-il si le corps était indépendant de la pesanteur ? Grâce à un système de corsets et d’élastiques propre au cirque, Découflé lance une réponse chimérique. Le couple d’amoureux tente en vain de s’envoler pour rejoindre le reste de l’humanité mais retombe, inlassablement, sur la mosaïque bleutée. L’amour ne semble pas suffire à atteindre le septième ciel.

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