Archives par étiquette : Marine Chaudron

Le jazz, sur place plutôt qu’à emporter

Le 26 juin dernier s’est ouverte la 34ème édition du festival de jazz manouche Django Reinhardt à Samois-sur-Seine (77). Le même jour, le Barrière Enghien Jazz festival fêtait également son lancement, suivi deux jours plus tard par le Défense Jazz festival. Au total, le mois de juin compte en France une quinzaine d’évènements jazz. Au mois de juillet, ce sont 40 manifestations qui célèbrent le jazz à travers tout le pays. De Sète à Mâcon, en passant par Nice et Fouras, chaque ville s’approprie la note bleue le temps d’un festival. Evénement populaire par excellence, le nombre croissant de ces festivals semble signer le grand retour du jazz sur le devant de la scène.

Le jazz a la réputation d’être élitiste. Réservé à un public de connaisseurs, bien souvent nostalgiques, suranné, les qualificatifs sont nombreux et récurrents. Pourtant, la France programme tout au long de l’année des dizaines de festivals jazz. Et ces manifestations ne datent pas d’hier. Certaines sont trentenaires, beaucoup ont une vingtaine d’années et se pérennisent. Certains festivals ont un rayonnement international et attirent des publics venus de l’étranger. Fait également notable et noté par de nombreux directeurs d’évènements : le public rajeunit, et fluctue énormément d’un concert à l’autre au sein d’une même manifestation. S’agit-il d’une (re)démocratisation du jazz ? « Il serait temps », soufflent à l’unisson les professionnels du secteur, qui espèrent finalement revenir à ce qu’était le jazz à ses débuts : une musique populaire.

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Exposition Bernard Bousquet : pile ou face ?

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Il faut le savoir : l’exposition d’aujourd’hui ne sera sans doute pas la même demain. Bernard Bousquet investit le Générateur à Gentilly jusqu’au 6 juillet mais il est du genre perfectionniste. Il revient donc tous les jours pour ajuster, tourner, retourner, modifier. Tâche d’autant plus ardue que ses toiles sont peintes recto… verso.

« La texture d’une toile est différente à l’avant et à l’arrière. Au recto, l’apprêt fait ressortir les couleurs de manière très vive. Au verso, la toile brute les absorbe. Cette ambivalence sur un même support m’intéresse depuis longtemps ». Dans l’ancienne salle de projection, les grands lés de 10 mètres par 2 exposés au sol et sur les murs ont donc deux visages. Seul problème : quel côté choisir ? Lors de la création, Bernard Bousquet avoue ne pas avoir voulu réfléchir à ce qu’il y avait derrière : « Je cherchais l’aléatoire, voire la contradiction. Je me suis donc empêché de faire un côté en fonction de l’autre » . Mais l’artiste est parfois bien embêté avec ses toiles : « Celle-ci, j’ai envie de la couper mais je ne peux pas… il y a un superbe motif au verso ! »

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Marine Chaudron

Die Antwoord, la catharsis venue d’Afrique du Sud

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Mardi 19 juin, le Trianon à Paris a accueilli Die Antwoord, le groupe Zef sud-africain aux frontières du rap, du hip-hop et de la techno. Une petite salle pour un groupe à la notoriété croissante qui a déchaîné le public pendant un peu plus d’une heure.

Ninja, Yo-Landi Vi$$er et DJ Hi-Tek, les trois membres de Die Antwoord (« la réponse » en afrikaans), ont allègrement fait durer le suspense avant leur apparition sur la scène du Trianon. Des chants aux sonorités religieuses ont accompagné pendant une quinzaine de minutes les cris de la foule, impatiente de voir ces artistes rarement présents en France. DJ Hi-Tek a débarqué le premier avec son morceau « DJ Hi-Tek Rulez », histoire de poser les bases du concert. Ninja et Yo-Landi ont suivi et entamé leur dédaigneux « Fok Julle Naaiers ».

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Mac/Val : Ange Leccia, la mélancolie de l’adolescence

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Logical Song , la célèbre chanson du groupe Supertramp donne le titre et le ton de l’exposition d’ Ange Leccia au Mac/Val. Jusqu’au 22 septembre, l’artiste invite le public à se plonger dans cette période si particulière qu’est l’adolescence. Grâce à un assemblage de vidéos, il projette sa vision de cette phase éphémère de l’être humain.

Au centre de la salle d’exposition, six immenses écrans trônent, formant un coeur et ses ventricules. A l’image, une jeune fille chante Supertramp, le regard perdu au loin : « When I was young, it seemed that life was so wonderful, a miracle, it was beautiful, magical » . Son visage se répercute d’un écran à un autre, obligeant le public à accepter cette frontalité. Avec cette exposition d’Ange Leccia, nul besoin de se déplacer dans l’espace. Il suffit d’observer autour de soi pour embrasser l’intégralité de cette oeuvre composée de films qu’il a réalisés depuis les années 1970 jusqu’à nos jours.

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Marine Chaudron

Paris Jazz Festival : rencontre avec Pierrette Devineau

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Paris Jazz festival investit le parc floral du bois de Vincennes tous les weekend pendant deux mois à partir de ce samedi 8 juin. Pierrette Devineau, passionnée de jazz et actuelle directrice de l’événement, raconte l’évolution de ce courant musical à travers les presque vingt ans d’existence du festival.

La programmation du Paris Jazz festival met l’accent sur les inspirations d’autres courants musicaux. Pourquoi ?

La migration fait partie inhérente de la définition du jazz et nous voulions le réaffirmer d’entrée de jeu en ouvrant le festival sur le thème de l’exode. De ces flux sont nés des échanges au cœur des différents pays. Bien que les musiciens soient très fidèles aux racines du jazz, la musique a beaucoup évolué au fil du temps. L’édition 2013 met en avant les nouvelles lignes esthétiques tracées par les musiciens actuels. Influencés par leurs propres origines et traditions, ils ont nourri la musique de ces différents apports. En résultent non pas un, mais des jazz, que nous souhaitons mettre en regard.

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Marine Chaudron

Paris Jazz Festival 2013, à la croisée des chemins

Barges à Jazz © Jacques Thevenet

Barges à Jazz © Jacques Thevenet

Yom, Manu Katché, Céline Bonacina, Roberto Fonseca, Troy « Trombone Shorty » Andrews, Hugh Masekela… c’est parti pour 31 concerts de jazz au parc floral du bois de Vincennes du 8 juin au 28 juillet.

Chaque weekend, le Paris Jazz festival renouvellera sa thématique. La saison commencera par l’exode pour revenir aux racines du jazz, puis la soul-blues, le latin jazz, le jazzé dansé ou encore le jazz sud-africain. Un programme destiné à faire naviguer le public au travers des différents courants et ainsi (re)découvrir de quoi se nourrit cette musique.

Une programmation à la croisée des chemins

Pour illustrer l’exode,  première thématique, le clarinettiste Yom, fil rouge de la saison musicale au Parc floral (qui accueille aussi le festival des Pestacles et le festival Classique au Vert), fera vivre le temps d’un concert, la migration biblique du peuple juif. Le titre paradoxal, « Silence de l’exode », révèle le défi de transformer l’indicible en musique.

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Marine Chaudron

Portfolio – Vosges

Notre-Dame de Sion, colline de Sion-Vaudémont, altitude 545 mètres (Meurthe-et-Moselle)

Chapelle Saint-Jean, Rainville, altitude 300 mètres (Vosges)

Amphithéâtre et basilique de Grand, époque gallo-romaine, altitude 370 mètres (Vosges)

© Marine Chaudron

Elena’s Aria, esthétique de la lassitude

Elena's Aria © Herman Sorgeloos

Elena’s Aria © Herman Sorgeloos

Le Théâtre de la Ville à Paris met la célèbre chorégraphe Anne Teresa de Keersmaeker à l’honneur, le temps d’un programme. Elena’s Aria, l’une des quatre pièces fondatrices de la carrière de Keersmaeker, évoque l’attente et la lassitude qui l’accompagne.

« Chère et excellente amie, quelle chose terrible que l’absence ». Ces mots de Tolstoï, tirés de La Guerre et la Paix, ouvrent le bal d’Elena’s Aria. Les premières minutes s’égrènent lentement tandis que la souffleuse rugit dans le fond de la scène. L’attente, au cœur de la pièce, commence déjà. Les danseuses, talons aiguilles et robes de soirée patientent assises, le public aussi. La chorégraphie démarre avec un jeu du chat et de la souris qui reviendra à intervalle régulier au fil de la pièce. Sur la rangée de chaises alignées au fond de la scène, trois danseuses se cherchent, s’assoient, se lèvent, tournoient, effectuant continuellement les mêmes mouvements.

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L’imagerie de Boris Vian par Michel Gondry

Affiche Ecume des jours

Avec son adaptation de L’Ecume des jours de Boris Vian, le réalisateur français Michel Gondry met des images sur les mots de l’écrivain. Entre onirisme, surréalisme et poésie, la prose imagée de Vian se prête bien au jeu du grand écran. Le film quant à lui, peine à dépasser la seule mise en image.

Univers onirique

Les premières minutes donnent le ton du film. Colin, interprété par Romain Duris, effectue son rituel matinal et tout semble absurde, de la baignoire évacuée à coups de perceuse à la coupe des paupières du héros. L’univers visuel que développe Michel Gondry est en fait à l’image de celui décrit par Boris Vian dans son roman paru en 1947. L’adaptation relève ici davantage de l’illustration. Il faut dire que le texte de L’Ecume des jours regorge de calembours loufoques qui se prêtent parfaitement au jeu du grand écran. Colin, qui vit avec Nicolas (Omar Sy), son cuisinier et maître à penser, évolue dans un appartement peuplé de machines bizarres et de jeux de mots improbables.

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Fabienne Jacob : les sens, l’essence de l’écriture

Fabienne Jacob © C. Helie, Gallimard

Fabienne Jacob © C. Helie, Gallimard

« Avant, la vie me suffisait. Aujourd’hui j’ai besoin d’écrire ». Ce besoin viscéral des mots, Fabienne Jacob, ancienne critique littéraire, le ressent au creux de ses entrailles. En découle un travail des sens, ancré dans la chair des histoires qu’elle raconte.

Native d’un petit village de Lorraine, Fabienne Jacob garde de son enfance un souvenir terrestre. Son imaginaire actuel se trouve là, au fond d’une sombre mine, dans laquelle elle redescend donner des coups de pioche pour révéler les trésors. Elle compare cette vie rustique à celle, citadine, qui est la sienne aujourd’hui : « En ville, les gens sont émoussés, il n’y a pas d’obstacles. Alors qu’à la campagne, les corps campent face à la rudesse du temps et de ce qu’il faut souffrir pour rester en vie ». Tout est dit : Fabienne Jacob n’a qu’un point de vue, celui du corps et de ses sensations. Le reste n’est que fioriture et n’a pas sa place dans son travail.

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